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« Faire cinq ans d’études me paraissait indispensable pour accéder à de bons postes » : un bac + 5, est-ce bien utile ?

 Jamais une génération n’aura compté autant de diplômés de niveau master. Symbole d’excellence pour les uns, illusion de réussite pour les autres, les longues études divisent. Sont-elles encore un ticket gagnant vers une belle carrière ?

À part chez quelques professionnels du cru, il est rare que l’étude annuelle de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), intitulée « Regards sur l’éducation », déclenche des réactions passionnées. Cette année, elle a pourtant ouvert la porte à un flot de critiques. En ligne de mire, cette spécificité bien connue : notre pays adore les bac + 5.

Désormais, 26 % des jeunes Français décrochent un diplôme de niveau master, bien au-delà de la moyenne des pays de l’OCDE (16 %) ou de l’Union européenne (21 %). De plus, la tendance s’accélère, avec une hausse de six points depuis 2019, portée par l’essor de l’alternance.

Haro sur les études

Voilà qui offre un terrain fertile aux détracteurs des masters, lesquels dénoncent, pêle-mêle : l’inflation de diplômes, une génération déconnectée des besoins du monde du travail, le coût des longues études pour les finances publiques, leur impact sur notre régime de retraite, etc. Réduire le nombre d’années à l’université semble une réponse toute trouvée, qui aurait « des impacts évidents sur l’activité et de possibles effets sur la fécondité », soutient le sociologue Julien Damon dans une tribune aux Echos. D’autant qu’à l’heure où « l’IA nous surpassera bientôt », suivre un cursus de cinq ans s’apparente simplement à « une regrettable perte de temps », tranche l’essayiste Olivier Babeau. 

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Ce n’est pas notre système éducatif qui est en cause, mais notre valorisation historique de ce niveau d’études 

Pour les étudiants actuels, la question préoccupante est ailleurs : le diplôme qu’ils visent perd-il de sa valeur, quand tant de jeunes le décrochent ? La réflexion mérite d’être menée, estime Jérôme Fabry, spécialiste des sujets éducatifs chez EY-Parthenon : « Il y a un paradoxe en France, où l’on forme bien plus de bac + 5 que les autres, sans pour autant accueillir davantage de jeunes dans l’enseignement supérieur. » La proportion des 25-34 ans français titulaires d’un diplôme postbac est en effet de 53 %. Un chiffre quasiment identique à ceux des États-Unis (52 %) et de l’Espagne (51 %), et en deçà du Royaume-Uni (57 %).

« Ce n’est pas notre système éducatif qui est en cause, mais notre valorisation historique de ce niveau d’études », rappelle-t-il. Attachement dont personne n’est à priori responsable, mais que chacun entretient. « C’est l’œuf ou la poule. Les recruteurs sont eux-mêmes nourris de cette culture et embauchent des bac + 5. Résultat, les élèves visent ce niveau pour mettre toutes les chances de leur côté. Difficile de leur donner tort », résume Jérôme Fabry. 

Son cabinet de conseil illustre lui-même cette particularité : chez EY-Parthenon, on recrute essentiellement des profils master pour ses postes de consultants. Quand ses bureaux britanniques ou luxembourgeois se « contentent » très bien de bachelors ou BBA (Bachelor of Business Administration, bac + 3/4).

Puis il y a l’IA, donc. Son impact sur l’emploi en général ne fait guère de doute, et menacerait particulièrement les postes juniors. « L’IA est la première révolution qui touchera avant tout les cols blancs et les missions confiées aux débutants », entrevoit Jérôme Fabry. Une compétence chassant l’autre à vitesse grand V, « l’importance de la formation initiale est forcément questionnée », estime-t-il. Et la formation continue amenée à prendre plus de place.

Nous devrions, au contraire, vouloir être les premiers sur l’IA 

Il y a, certes, des disparités. Cursus scientifiques et plus littéraires (lettres, arts, sciences sociales, information) n’offrent pas les mêmes taux de réussite, ni d’insertion professionnelle. « Il s’agit de poser un diagnostic sérieux et non dogmatique. Certaines filières de masse doivent être désengorgées. Dans le même temps, il faut ouvrir celles qui demeurent trop sélectives. Certaines refusent 15 à 20 % de candidats, qui sont pourtant du même niveau que ceux qui sont admis et que les entreprises aimeraient embaucher », poursuit El-Mouhoub Mouhoud.

Imaginer que les études deviendraient une perte de temps à cause de l’IA le fait… bondir. « Dire cela est, au mieux, irresponsable ! estime le président de PSL. Nous devrions, au contraire, vouloir être les premiers sur l’IA et que nos jeunes soient à la pointe des évolutions à venir. Tenir de tels propos, c’est aussi faire fi du rôle des études : former des citoyens éclairés, prémunis contre le complotisme et les fausses informations, qui défendront notre démocratie », met-il en garde.

Le bac + 5 à l’épreuve du marché

Reste à savoir si le bac + 5 demeure cet atout maître pour démarrer une belle carrière. « Cela reste la demande naturelle des entreprises pour les postes créateurs de valeur et d’encadrement », rassure Frédéric Béziers, PDG du cabinet de recrutement Hays France. Bien sûr, ce niveau d’études s’étant démocratisé, « cela déplace le niveau général. Mais les bac + 5 d’aujourd’hui sont connectés à la vie de l’entreprise. Ils en maîtrisent les codes grâce à leurs stages et alternances. Et cela plaît particulièrement aux recruteurs », constate-t-il.

84 % des jeunes diplômés bac + 5 ont jugé leur recherche d’emploi difficile

Les jeunes arrivent toutefois sur un marché du travail morose. « Les recrutements de cadres débutants devraient chuter de 16 % en 2025, après une baisse de 19 % en 2024 », pointe Gilles Gateau, directeur général de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Cette année, 84 % des jeunes diplômés bac + 5 ont jugé leur recherche d’emploi difficile, quand ils n’étaient « que » 61 % en 2022…

« C’est un classique : les retournements du marché frappent d’abord les jeunes. À l’inverse, une conjoncture favorable leur profite en premier », précise Gilles Gateau. En attendant des jours meilleurs, ceux-ci font des concessions. Un diplômé de master sur quatre qualifie son emploi « d’alimentaire » : c’est sept points de plus qu’il y a trois ans.

Son sésame de lEM Normandie en poche, Kylian avoue avoir été surpris par la difficulté de sa recherche. « En sortant d’une école bien identifiée, on est persuadé que les entreprises nous ouvriront grand les portes. C’est plus compliqué que cela », reconnaît-il. Son stress était tout relatif, car le jeune homme s’était vu proposer un CDI dans l’entreprise où il avait effectué son alternance. Mais il était curieux d’aller voir ailleurs.

« Dans le secteur que je visais, la tech, les postes juniors ne sont pas légion. Beaucoup sont délocalisés », a-t-il constaté. Une dizaine de candidatures envoyées en France ne donnent rien. Jusqu’à cette touche avec IBM Dublin (Irlande), qui coche pour lui toutes les cases et qui le recrute volontiers.

Si, de ce côté de l’Europe, un master n’est pas un prérequis, c’est en France que Kylian a grandi. « Je ne me suis même pas posé la question. Faire cinq ans d’études me paraissait indispensable pour accéder à de bons postes », explique-t-il. Un jour, sans doute, il rentrera d’Irlande, certain que son master et son expérience pèseront de tout leur poids dans sa vie professionnelle.

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Mots  Clés : 

 Diplômes de niveau master | Carrière | OCDE | Alternance | Marché du travail | Insertion professionnelle | IA | Études supérieures

 


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