Fert : des solutions de terrain pour et par les producteurs marocains
AgriMaroc : Quels sont les axes et objectifs prioritaires des actions de Fert au Maroc ?
Mélanie Canet : Cela fait plus de 30 ans que Fert accompagne des producteurs marocains. Ils font souvent face à des difficultés sur les parcelles, il y a un réel besoin d’accompagnement de proximité et dans la durée. C’est ainsi que nous avons été amenés à accompagner des producteurs de pommes à Rich ainsi que des producteurs d’amandes à Taza.
Pour ces agriculteurs isolés, l’expérience de Fert montre que la priorité est de créer des occasions d’échanges, pour bien identifier les problématiques communes et trouver collectivement des solutions. C’est pourquoi nous avons mis en place des équipes locales chargées d’animer ces discussions, de développer les liens de confiance et de faciliter l’apprentissage collectif.
L’autre pilier de notre approche, c’est la capitalisation et la diffusion de projets démonstratifs. Grâce à ces retours d’expériences, nous pouvons aider toujours plus de producteurs à améliorer collectivement la performance de leurs exploitations.
AgriMaroc : Du côté de Taza, quels enseignements majeurs retenez-vous de l’accompagnement en cours ?
Mélanie Canet : Taza incarne bien la réalité des régions montagneuses et vulnérables face au changement climatique. Traditionnellement vouées aux céréales et aux légumineuses, les parcelles sont récemment plantées en amandier sous l’impulsion du Plan Maroc Vert.
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En plus de limiter l’érosion du sol dans les parcelles en pente et d’être plus adaptée aux sécheresses récurrentes, cette culture devait permettre de développer les revenus des producteurs et de limiter l’exode rural.
Par contre, les producteurs n’avaient pas du tout l’habitude de prendre soin d’amandiers ! Des formations ponctuelles ont été proposées, mais elles sont restées insuffisantes pour permettre aux agriculteurs de bien gérer leurs vergers.
Nous avons été contactés car leurs amandiers étaient malades et restaient peu productifs. Suite aux échanges avec les agriculteurs de Taza, Fert a engagé des formations très pratiques directement sur la parcelle. Au programme : apprendre à protéger les amandiers des ravageurs et maladies, et à les tailler de façon stratégique pour optimiser leur rendement.
Une autre problématique importante a émergé suite aux premières actions sur le terrain : la faible fécondation et donc fructification des arbres, en raison d’une pollinisation défaillante. Ces amandiers sont censés se polliniser mutuellement, mais leur implantation n’était pas optimale. Avec les producteurs, nous avons pu solutionner ce problème central en plantant une autre variété, qui a l’avantage de se polliniser toute seule et peut aussi polliniser les autres amandiers.
Un autre défi relevé par le groupe est celui de la diversification
Les producteurs se sont organisés pour cela : une pépinière partagée et du greffage utile à tous ! L’ajout de ruches à proximité des amandiers a également fait ses preuves pour faciliter la pollinisation.
Un autre défi relevé par le groupe est celui de la diversification. Il restait un peu d’espace entre les arbres, les agriculteurs se sont concertés et ont opté pour la plantation de romarin sur les lignes des amandiers. Le conseiller agricole a accompagné la structuration de ce nouveau projet, mais tout est parti de l’idée des producteurs.
Une excellente idée d’ailleurs, puisque le romarin attire les abeilles pollinisatrices et constitue un répulsif naturel face à certains ravageurs !
Deux ans après ces changements, les amandiers sont en bonne santé et les producteurs ont obtenu leur première vraie récolte !
Tout en poursuivant le travail sur la technique, ils vont pouvoir se concentrer maintenant sur la commercialisation, sans se précipiter car les amandes se conservent bien. Pour continuer à les accompagner, Fert leur met à disposition un second conseiller. Sa mission : décrypter les prix et les marchés pour que les producteurs de Taza puissent choisir un bon positionnement. Des discussions sont en cours par ailleurs sur un éventuel stockage collectif et des ventes groupées.
AgriMaroc : Quelles difficultés récurrentes rencontrez-vous chez les agriculteurs, et comment votre accompagnement permet-il d’y répondre concrètement ?
Mélanie Canet : La question du financement du conseil collectif reste centrale : il est presque impossible, au début, de demander aux agriculteurs de payer pour le conseil technique alors que leur production est en difficulté. Nous procédons donc par étape. À Taza, l’accompagnement et structuration des producteurs a pu bénéficier de soutiens tels que ceux de l’AFD (Agence française de développement) et de Fert sur financement d’Unigrains (céréaliers français). Fert cherche continuellement des financements complémentaires pour faire avancer son action et poursuivre l’appui aux producteurs.
Dès que les agriculteurs font suffisamment de marge, l’objectif est bien qu’ils reprennent la main et financent leurs conseillers techniques ou commerciaux en toute autonomie.
Là encore, l’union fait la force pour partager les coûts ! A Taza, l’action de Fert a permis d’aider jusqu’à 400 producteurs en 5 ans, à partir d’un seul conseiller agricole. Nous nous appuyons pour cela sur un dispositif de paysans-relais. Dans chaque village, 1 ou 2 producteurs parmi les plus avancés sont chargés de diffuser les techniques et solutions qui ont fonctionné sur le terrain. Cette émulation entre voisins a fait ses preuves, que ce soit à Taza ou dans nos autres pays d’intervention.
On nous demande parfois s’il y a des freins à l’appropriation du groupe et des solutions qui émergent, mais ce n’est pas le cas : chaque agriculteur reste décideur, ce sont leurs idées qui sont discutées et testées, Fert n’est là que pour les aider à les mettre en œuvre !
Et puis, quand un agriculteur voit que son voisin vend mieux et que ses arbres sont plus sains, il est généralement très motivé à l’idée de reproduire ce qui a bien fonctionné ! C’est pourquoi Fert s’appuie généralement sur des agriculteurs leaders pour mettre en place des vergers pilotes ou de démonstration, qui peuvent aussi accueillir les formations collectives.
Souvent, le plus compliqué, c’est de prendre le temps de définir les bases d’un service collectif, des modalités de collaboration, des règles de consultation et de décision, avant de formaliser le collectif avec la création d’une structure officielle, coopérative agricole ou autre.
AgriMaroc : Quelles sont les prochaines étapes pour construire l’avenir de l’agriculture à Taza ?
Mélanie Canet : Au niveau technique, il y a 2 grands sujets à Taza : la gestion de l’eau et la fertilité du sol, très rocheux, avec peu de matière organique.
Au niveau technique, il y a 2 grands sujets à Taza : la gestion de l’eau et la fertilité du sol
En effet, même si l’amandier est très résistant à la sécheresse, il demande de l’eau pour offrir les meilleurs rendements.
Certains agriculteurs ont construit de petits bassins collinaires : une initiative qui pourrait être répliquée, mais qui demande des moyens.
Finalement, la solution la plus prometteuse d’après les tests est la couverture des sols. Cela permet à la fois de maintenir l’eau et d’obtenir plus de matière organique.
L’équipe de Fert est confiante. Une agriculture plus résiliente et adaptée au changement climatique est possible, et les agriculteurs de Taza sont en train de le prouver
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Mots Clés:
Fert | Agricultur | Taza | Amandiers | Résilience | Changement climatique | Collaboration | Soin des cultures