Le gaming entre ambitions, obstacles et accélération discrète
Alors que la scène vidéoludique marocaine connaît une croissance rapide, entre essor des centres gaming, montée du nombre de joueurs et intérêt naissant des marques, de profondes limites structurelles persistent. Hakam Boubker, acteur du secteur, décrypte les avancées, les manques et les leviers indispensables pour faire du Maroc un acteur crédible du gaming international. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News
Le gaming s’installe peu à peu dans le paysage marocain, entre enthousiasme, limites structurelles et attentes croissantes des joueurs. Dans un entretien avec le magazine Finances News Hebdo, Hakam Boubker, fondateur du Versus Arena, observe de près un secteur en pleine mutation et en dresse un bilan nuancé. Selon lui, un basculement net s’est produit ces dernières années. «On voit clairement que quelque chose a changé depuis le Covid», confie-t-il.
La communauté s’est élargie, les centres de gaming se sont multipliés et les marques commencent à y voir un marché crédible. «Nous restons dans un marché émergent, mais il devient de moins en moins informel. Nous ne sommes pas encore une industrie, mais nous ne sommes plus du tout au stade amateur», ajoute Hakam Boubker.
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La progression est réelle, mais les obstacles demeurent nombreux, à commencer par la formation e-sport. Pour Boubker, c’est même «le vrai problème». Il souligne l’existence d’un vivier de talents inexploités, faute de structures adéquates. «Les joueurs évoluent sans accompagnement. Il n’y a pas de programmes d’entraînement sérieux, pas de coachs, pas de ligues régulières. Sans cela, nous ne pouvons pas rivaliser avec les standards internationaux», souligne-t-il. Les initiatives dans la création vidéoludique émergent, mais la filière e-sportive reste encore embryonnaire.
Sur le plan technique, les avancées sont tangibles mais insuffisantes. «La fibre est plus présente, plus stable, avec des débits qui permettent de jouer correctement», reconnaît-il. Pour un usage grand public, le service est désormais satisfaisant. Cependant, dès qu’il s’agit de compétitivité internationale, le Maroc accuse un retard notable. «Nous restons totalement dépendants de l’Europe pour l’Edge computing, les serveurs régionaux ou les CDN locaux. C’est pour cela que les joueurs marocains tournent souvent entre 60 et 90 ms de ping», note Boubkr. Il estime que la latence pourrait chuter drastiquement si l’Afrique du Nord disposait de ses propres infrastructures dédiées.
Les freins structurels sont encore plus profonds. Jouer sur des serveurs européens crée forcément un décalage. «Rapprocher les serveurs, optimiser le routage, renforcer l’interconnexion locale et intégrer des solutions anti-cheat certifiées sont des conditions essentielles pour offrir une expérience compétitive», détaille-t-il. À cela s’ajoute la relation avec les éditeurs internationaux, encore hésitants. «Ils ont besoin de garanties techniques solides, de sécurité, de continuité de service, et surtout d’une coordination claire entre opérateurs, data centers et institutions. Aujourd’hui, cette coordination existe, mais elle n’est pas encore suffisamment structurée», affirme l’expert.
Le coût du matériel, les limites de paiement en ligne et la disparité régionale de la connectivité freinent également l’expansion du marché. «Tout est lié : lorsque l’infrastructure progresse, que les éditeurs sont confiants et que les joueurs ont un meilleur accès aux services, l’ensemble de l’écosystème peut s’accélérer», affirme Boubker.
Selon, Finances News Hebdo, l’ambition de bâtir une industrie vidéoludique nationale se heurte encore à un manque de cohérence. «Il y a des écoles, des studios en création, des événements réguliers, mais ça ne forme pas encore une filière», constate Boubker. Il appelle à une vision globale capable d’aligner les initiatives et de consolider un véritable écosystème, d’autant que ces dynamiques rejoignent, selon lui, les orientations nationales en matière de digitalisation et de développement des compétences.
La question des talents demeure centrale. Le Maroc n’en manque pas, insiste-t-il, mais ils se heurtent à une économie inexistante du jeu vidéo. «Nous avons des créateurs, des artistes, des développeurs de très haut niveau. Ce qui manque, c’est le financement du prototypage, le publishing, l’accès aux marchés internationaux», affirme l’expert. Il souligne également le potentiel culturel du pays, encore sous-exploité. «Notre identité offre des univers et un folklore que personne n’a encore valorisés dans le gaming», affirme Boubker. Selon lui, seuls des fonds dédiés, des incubateurs spécialisés et de véritables partenariats avec des studios étrangers permettront de retenir les talents et de transformer leurs idées en entreprises viables. «Le problème n’est pas la formation, mais l’absence de soutien économique capable de transformer des idées souvent très originales en jeux», affirme Boubker.
Pour le fondateur du Versus Arena, «le Maroc avance incontestablement, mais la consolidation du secteur passera par une convergence entre infrastructure, industrie et accompagnement des talents. Ce n’est qu’à cette condition que le pays pourra prétendre devenir un acteur crédible du gaming à l’échelle internationale».
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Gaming marocain | Hakam Boubker | Écosystème | Formation e-sport | Infrastructures | Talents | Développement | Industrie vidéoludique